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Les pardons bretons du Trégor, de la grand-messe à la foire

Les pardons bretons du Trégor, de la grand-messe à la foire

Le pardon breton est une fête religieuse annuelle qui rassemble une paroisse autour de son saint patron, entre grand-messe, procession derrière les bannières et foire profane. Le Trégor en compte plusieurs dizaines, du Grand Pardon de saint Yves à Tréguier, chaque 19 mai, aux pardons de chapelle qui ne durent qu'un après-midi.

Repères avant de partir

  • Un pardon associe toujours deux moments : la grand-messe et la procession le matin, la foire profane l'après-midi.
  • La saison s'étale entre avril et octobre, avec un pic en juillet et en août.
  • Le Grand Pardon de saint Yves, à Tréguier, est le plus fréquenté du Trégor et réunit des juristes venus de toute la France.
  • Les pardons bretons sont inscrits depuis 2020 à l'Inventaire national du patrimoine culturel immatériel.

Qu'est-ce qu'un pardon breton ?

Un pardon est la fête patronale d'une paroisse, d'une chapelle ou d'une confrérie, célébrée le jour de son saint ou le dimanche le plus proche. Le mot ne désigne pas un pardon accordé entre personnes : il vient de l'indulgence plénière que l'Église concédait aux pèlerins venus prier le saint patron du lieu. Cette indulgence est l'acte fondateur de la fête, et elle explique pourquoi le pardon reste attaché à un sanctuaire précis plutôt qu'à une date du calendrier civil.

La Bretagne en compte encore plusieurs centaines chaque année, des grandes assemblées de milliers de personnes aux pardons de chapelle qui rassemblent trois hameaux. Le Trégor, entre Morlaix et le Goëlo, en concentre une part importante parce que son territoire est semé de chapelles isolées, souvent bâties entre le XVe et le XVIIe siècle, dont beaucoup ne s'ouvrent qu'une fois l'an, précisément le jour de leur pardon. Ce patrimoine bâti dispersé, que l'on retrouve dans tout l'inventaire des chapelles et monuments du Trégor, ne se comprend pas sans la fête qui le fait vivre.

La distinction avec un simple pèlerinage tient à la foire. Le pardon breton n'est pas seulement une dévotion : c'est aussi un marché, un repas, une compétition de lutte, un fest-noz le soir. Les ethnologues y voient le dernier rendez-vous social des campagnes bretonnes, et l'écrivain Bernard Rio, qui a consacré plusieurs ouvrages aux traditions religieuses de la péninsule, insiste sur cette double nature, sacrée et profane, que la plupart des visiteurs découvrent sur place.

Une origine médiévale, des saints très locaux

La Bretagne est une terre de pardons depuis le Moyen Âge : la tradition suit l'implantation des saints fondateurs venus de Grande-Bretagne aux Ve et VIe siècles. Tugdual, qui donne son nom à la cathédrale de Tréguier, fait partie de ces sept évêques légendaires que le Tro Breiz relie encore : Dol, Saint-Malo, Saint-Brieuc, Tréguier, Saint-Pol-de-Léon, Quimper où repose saint Corentin, et Vannes, soit un parcours d'environ six cents kilomètres autour de la péninsule. Ce pèlerinage médiéval et les pardons paroissiaux partagent la même logique : aller saluer le saint chez lui.

Un cas particulier éclaire le vocabulaire. À Locronan, la Troménie doit son nom à la langue bretonne, tro minihy, le tour du territoire d'asile qui entourait un monastère. La Petite Troménie se tient chaque année, la Grande Troménie tous les six ans sur un circuit d'une douzaine de kilomètres jalonné de stations. Le mot minihy se retrouve à quelques kilomètres de Tréguier, à Minihy-Tréguier, et cette parenté n'est pas un hasard : Troménie et pardon sont deux formes d'une même marche autour d'un lieu saint.

Les saints honorés sont rarement ceux du calendrier romain. Le Trégor fête ses propres figures et des protecteurs spécialisés : saint Éloi pour les chevaux et les forgerons, saint Herbot pour les bêtes à cornes dans le Finistère voisin, saint Jean pour les feux du solstice, sainte Anne pour les familles. Chaque métier, chaque inquiétude avait son intercesseur, et la carte des pardons dessine encore cette répartition. Le nombre de fêtes a fortement reculé après la Grande Guerre, puis dans la seconde moitié du XXe siècle, quand les campagnes se sont vidées ; les associations locales ont repris depuis une partie du flambeau.

Cette histoire explique l'importance que le pardon garde dans l'identité du pays trégorrois, bien au-delà de la pratique chrétienne. Beaucoup de participants viennent par attachement familial, pour un chant appris enfant ou pour retrouver une fois l'an les gens d'un quartier du bourg. La cérémonie religieuse et la part festive ne s'opposent pas : elles font un même événement, que les spécialistes du fait religieux rangent entre piété populaire et folklore assumé. Le public sur place ne tranche pas davantage, et c'est peut-être ce qui a permis à ces fêtes de traverser un siècle de déprise rurale.

Comment se déroule un pardon breton ?

Le déroulé varie peu d'un lieu à l'autre, et il tient en trois temps qui s'enchaînent sans coupure nette.

La grand-messe et la procession

La matinée s'ouvre par une grand-messe, souvent en partie en langue bretonne, avec des cantiques que l'assemblée connaît par cœur. Vient ensuite la procession : croix de tête, bannières brodées portées à deux, reliquaire du saint, clergé, puis les fidèles. Le parcours fait le tour de l'enclos ou rejoint une fontaine, un calvaire, parfois un second oratoire à un ou deux kilomètres. Les bannières, lourdes de velours et de fils d'or, sont la fierté de la paroisse : certaines datent du XIXe siècle et ne sortent que ce matin-là. Les costumes bretons, coiffes et gilets brodés, réapparaissent pour l'occasion, portés par les groupes de danse plus que par les familles.

La foire profane de l'après-midi

Après le repas, la fête change de registre. Stands, tombola au profit de la chapelle, jeux bretons, concours de boules, gouren pour les plus traditionnels, concert ou fest-noz en soirée. Cette part profane n'est pas une addition récente : la foire accompagnait le pardon dès le Moyen Âge, parce qu'une assemblée nombreuse était l'occasion de vendre, d'embaucher et de se marier. Sur la côte, le pardon de la mer ajoute une bénédiction des bateaux, héritée des communautés de pêche, avec une sortie en mer et une gerbe jetée à la mémoire des marins disparus.

Calendrier des pardons les plus fréquentés du Trégor

La saison s'ouvre après Pâques, qui tombe en mars ou en avril selon les années, et se referme en octobre. Les dates ci-dessous sont celles de la fête liturgique ; la célébration est souvent reportée au dimanche voisin, et quelques paroisses décalent d'une semaine. Les articles de la presse locale et le site de l'office de tourisme restent la seule source fiable pour l'année en cours.

Pardon Lieu Repère Particularité
Grand Pardon de saint Yves Tréguier et Minihy-Tréguier 19 mai Juristes en robe, relique portée jusqu'au village natal du saint
Pardon de saint Jean Nombreuses chapelles du Trégor 24 juin Feu de joie allumé le soir du solstice
Notre-Dame de Bon-Secours Guingamp Premier week-end de juillet Procession aux flambeaux et bûcher allumé sur la place
Pardon de Saint-Gonéry Plougrescant Un dimanche de juillet Chapelle à la flèche penchée, tout près du gouffre
Pardon de sainte Anne Chapelles Sainte-Anne du Trégor 26 juillet Même patronne que le pardon de Sainte-Anne-d'Auray, le plus vaste de Bretagne
Notre-Dame de la Clarté Perros-Guirec 15 août Chapelle en granit rose dominant la côte
Notre-Dame de Bulat Bulat-Pestivien 8 septembre Un des sanctuaires mariaux les plus anciens du pays

À cette liste s'ajoutent les pardons de saint Éloi, où les chevaux et désormais les tracteurs reçoivent la bénédiction devant la chapelle, et une quantité de fêtes de hameau qu'aucun inventaire ne recense complètement. La basilique Notre-Dame de Bon-Secours à Guingamp reste le sanctuaire le plus visité de l'intérieur du pays, celui dont le pardon attire au-delà du département.

Le Grand Pardon de saint Yves, à Tréguier

C'est le rendez-vous majeur du Trégor, et il a une particularité : sa foule vient d'ailleurs. Yves Hélory de Kermartin naît vers 1253 à Minihy-Tréguier, étudie le droit à Paris et à Orléans, devient official de l'évêché de Tréguier, puis recteur de sa paroisse natale, où il meurt le 19 mai 1303. Canonisé en 1347, il est le patron des avocats, des juges et des notaires. Chaque 19 mai, des juristes en robe, venus de France et de plusieurs pays, marchent derrière sa relique.

La procession part de la cathédrale Saint-Tugdual, édifice gothique élevé du XIIIe au XVe siècle autour d'une tour romane, et rejoint Minihy-Tréguier, à un peu plus d'un kilomètre. Le chef du saint, conservé dans un reliquaire, ouvre la marche ; bannières, confréries et délégations suivent. À l'arrivée, la messe se célèbre dans l'église Saint-Yves de Minihy-Tréguier, bâtie à l'emplacement de la maison où il vécut. Le tombeau de saint Yves, dans la cathédrale, reste visible le reste de l'année.

Ce pardon dit bien ce qu'est la tradition religieuse bretonne : une dévotion locale devenue un rendez-vous international sans rien perdre de son décor d'origine, le même bourg de deux mille sept cents habitants, le même cloître, les mêmes rues étroites. Il concentre en une matinée ce que les autres pardons répartissent sur la saison.

Assister à un pardon sans gêner personne

Il n'est pas nécessaire d'être croyant ni originaire de la région pour y venir, et personne ne demandera rien. Quelques usages simples suffisent.

  • Arriver avant la célébration, vers neuf heures ou dix heures : la procession suit immédiatement, et l'édifice se remplit vite.
  • Se garer à l'entrée du bourg et finir à pied : la traversée de la ville ou du village est fermée pendant le cortège, et les places manquent vite.
  • Se placer sur le côté du cortège plutôt qu'en tête. Les porteurs de bannières avancent lentement et ne peuvent pas s'écarter.
  • Photographier depuis le bord, sans flash pendant la célébration. Les visages des porteurs se photographient de loin.
  • Prévoir de rester l'après-midi : la foire est la moitié de la fête, et c'est là que l'on parle aux gens du pays.
  • Vérifier la date sur le site de la commune quelques jours avant. Une chapelle isolée peut avancer son pardon d'une semaine pour cause de météo ou de calendrier partagé avec la commune voisine.

Pour prolonger la visite, la plupart de ces sanctuaires se trouvent à quelques minutes de la côte ou d'un sentier, et se combinent facilement avec une découverte de l'histoire du Trégor, dont les pardons sont une des rares traditions restées vivantes sans reconstitution. Ni spectacle ni pèlerinage au sens strict, ils restent ce que les habitants en font, une année après l'autre.

Questions fréquentes sur les pardons

Quelle est l'origine des pardons bretons ?

Ils naissent au Moyen Âge de l'indulgence accordée aux pèlerins qui venaient prier le saint patron d'un sanctuaire le jour de sa fête. La pratique s'est fixée sur les paroisses et les chapelles rurales, en suivant le culte des saints fondateurs venus de Grande-Bretagne aux Ve et VIe siècles.

Quand a lieu le grand pardon du Trégor ?

Le Grand Pardon de saint Yves se tient le 19 mai à Tréguier, date de la mort du saint en 1303, avec une procession jusqu'à Minihy-Tréguier. C'est le plus fréquenté de la région ; les autres rassemblements importants se répartissent entre juillet et septembre.

Quels saints sont célébrés lors des pardons ?

Surtout des saints locaux et des protecteurs spécialisés : Tugdual, Yves, Gonéry, Éloi pour les chevaux, Herbot pour le bétail, Jean pour le solstice, Anne et Notre-Dame sous ses nombreux vocables. Beaucoup ne figurent pas au calendrier romain et ne sont honorés qu'en Bretagne.

Les pardons bretons sont-ils protégés au titre du patrimoine ?

Ils ont été inscrits en 2020 à l'Inventaire national du patrimoine culturel immatériel, aux côtés d'autres pratiques de la culture bretonne. Une démarche a été engagée pour porter le dossier devant l'Unesco, sans décision à ce stade.

Peut-on assister à un pardon sans être catholique ?

Oui. L'accès est libre, la procession se déroule sur la voie publique et la foire de l'après-midi est ouverte à tous. La seule attente est la discrétion pendant la partie célébrée.

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