Petite crique de sable fin au pied des falaises de Plouha, l'anse Cochat porte depuis la Libération le nom de plage Bonaparte, nom de code du réseau Shelburn qui y fit embarquer de nuit, en 1944, des aviateurs alliés vers l'Angleterre. Plage, site historique et plaque commémorative : ce passage des Côtes-d'Armor se visite à marée basse.
Deux noms pour un même lieu : l'anse Cochat sur les cartes anciennes, la plage Bonaparte depuis 1944. On y descend par un tunnel creusé dans la falaise, on y lit une plaque en mémoire des évasions, et l'on remonte vers la maison d'Alphonse, étape du réseau sur les hauteurs de Plouha.
Où se trouve la plage Bonaparte, à Plouha ?
La plage Bonaparte se trouve sur la commune de Plouha (22580), dans les Côtes-d'Armor, sur le littoral qui relie la baie de Saint-Brieuc à Paimpol. Plouha possède les plus hautes falaises de Bretagne, et l'anse Cochat s'ouvre justement au creux de ce front rocheux, à l'écart des villages. Depuis Saint-Brieuc comme depuis Guingamp, on rejoint Plouha par la route départementale côtière, puis on suit le fléchage « plage Bonaparte » jusqu'au parking aménagé en haut de la falaise. Situé entre Saint-Quay-Portrieux au sud et Plouézec au nord, le site se trouve à une demi-heure de Paimpol, sur l'itinéraire de la côte du Goëlo.
Le site garde un air de bout du monde : pas de front de mer bâti, une végétation de lande, et en contrebas une plage de sable fin encadrée de rochers. C'est cet isolement qui explique son rôle pendant la Seconde Guerre mondiale. Une crique invisible depuis les routes, dominée par des falaises que les patrouilles surveillaient mal la nuit, offrait un passage discret entre la terre et la mer. Pour situer ce coin de côte dans l'ensemble du littoral breton, la pointe de Beg Ha, autre site remarquable de la côte, se trouve à courte distance et se combine volontiers avec la visite.
Histoire de l'anse Cochat pendant la Seconde Guerre mondiale
L'histoire de l'anse Cochat bascule au début de l'année 1944. Le réseau d'évasion Shelburn, monté par les services britanniques avec deux agents canadiens francophones, Lucien Dumais et Raymond Labrosse, cherche une plage bretonne d'où évacuer par la mer les aviateurs alliés abattus au-dessus de la France. Les candidats sont nombreux sur la côte, mais l'anse de Plouha réunit ce qu'il faut : une plage abritée, une approche possible pour une vedette de la Royal Navy, et un réseau de résistants locaux capable de cacher et guider les hommes.
Entre janvier et mars 1944, plusieurs opérations de nuit se succèdent sur cette plage. Les aviateurs, rassemblés à Paris puis acheminés en train jusqu'à Saint-Brieuc et Guingamp, sont hébergés chez l'habitant dans la campagne de Plouha. Le soir fixé, ils descendent la falaise en file, dans le noir, jusqu'au sable où des canots viennent les chercher pour les conduire à la vedette ancrée au large. Selon les sources historiques de la commune et de la mémoire du réseau, plus d'une centaine d'aviateurs ont quitté la France par ce passage, sans qu'aucune opération n'y soit interceptée. Chaque passage rassemblait des hommes dont l'appareil avait été abattu au-dessus de la France ; ils embarquèrent par petits groupes, un passage après l'autre, sous le nez de l'occupation allemande.
Chaque départ était annoncé depuis Londres par un message personnel de la BBC. La phrase restée célèbre, « Bonjour tout le monde à la maison d'Alphonse », prévenait les résistants que l'embarquement aurait lieu dans la nuit. Sans ce message, pas de passage : le groupe restait caché et attendait l'annonce suivante.
Pourquoi l'anse Cochat a-t-elle été rebaptisée plage Bonaparte ?
Le nom de plage Bonaparte vient directement de ce nom de code. Dans les échanges entre Londres et le réseau Shelburn, la crique était désignée comme « Bonaparte », un nom sans rapport avec le lieu, choisi pour que rien ne permette de le localiser si un message était intercepté. Après la guerre, les habitants et la commune ont gardé ce nom par reconnaissance, et l'anse Cochat est devenue, dans l'usage comme sur les panneaux, la plage Bonaparte.
Les deux noms coexistent aujourd'hui. Les cartes et certains guides parlent encore de l'anse Cochat, les panneaux routiers et les visiteurs de la plage Bonaparte. La recherche « Bonaparte anse Cochat » renvoie donc au même site. Pour un visiteur, retenir que le nom n'honore pas l'empereur évite une confusion fréquente : c'est un mot de passe de résistance, pas un hommage napoléonien.
La maison d'Alphonse et les familles de Plouha
La maison d'Alphonse était la dernière étape avant la plage. Cette maison de la campagne de Plouha appartenait à Jean et Marie Gicquel, qui y accueillaient les aviateurs juste avant la descente vers la mer. Le nom « Alphonse » n'était lui aussi qu'une couverture : il désignait le lieu dans les messages radio, pas une personne réelle de la famille. Marie Gicquel, dont le rôle dans l'accueil et la protection des évadés est souvent rappelé, est aujourd'hui l'une des figures de cette mémoire locale.
Le réseau a pris des risques considérables. D'après les récits publiés sur le réseau, la maison a été découverte et incendiée par l'occupant au printemps 1944, après que la famille eut pu s'enfuir. La maison d'Alphonse a été relevée depuis et reste un lieu de mémoire que l'on associe systématiquement à la visite de la plage. Des dizaines d'habitants de Plouha, de passeurs, de logeurs et de guides ont participé à ces évacuations ; c'est cette participation collective que célèbrent les commémorations organisées chaque année par la commune.
La plaque commémorative et le monument de la falaise
En haut de la falaise, au-dessus de la plage Bonaparte, un monument et une plaque commémorative rappellent les opérations du réseau Shelburn. Cette stèle marque l'endroit d'où partait le passage vers la mer. La plaque nomme le réseau et salue les résistants de Plouha qui ont permis le passage des aviateurs alliés. Elle fait du site un haut lieu de la mémoire de la Résistance en Bretagne, régulièrement visité par des familles d'anciens aviateurs venues des États-Unis, du Canada ou du Royaume-Uni.
Lire la plaque avant de descendre sur la plage change la manière de regarder le lieu. La crique paraît paisible en journée ; il faut imaginer la descente de nuit, sans lampe, sur un sentier de falaise, avec une marée à respecter et une vedette qui ne pouvait attendre. Le site historique se comprend mieux sur place qu'en photographie : la hauteur des falaises et l'étroitesse de l'anse montrent à elles seules pourquoi ce passage a été choisi.
Comment accéder à la plage Bonaparte ?
L'accès à la plage Bonaparte se fait aujourd'hui par un tunnel percé dans la falaise, qui débouche directement sur le sable depuis le chemin descendant du parking. Pendant la guerre, ce tunnel n'existait pas : les évadés descendaient à flanc de falaise par un sentier escarpé. Le passage actuel rend la plage accessible à la plupart des visiteurs, même si la pente du chemin reste à prendre en compte avec une poussette ou des personnes âgées.
- Stationnement : parking en haut de la falaise, fléché depuis Plouha, vite rempli en plein été.
- Descente : chemin puis tunnel, quelques minutes de marche.
- Marée basse : la plage se découvre largement ; à marée haute, le sable disponible se réduit beaucoup.
- Randonnée : le sentier côtier du GR34 longe les falaises au-dessus de l'anse.
Consulter l'horaire des marées avant de venir est la première précaution. À marée basse, la plage s'étend et permet de longer les rochers ; à l'approche de la marée haute, mieux vaut ne pas s'éloigner du débouché du tunnel. Le passage du tunnel reste praticable à toute heure, mais la crique elle-même change complètement d'aspect selon le coefficient. Entre la roche et le sable, le passage le long du pied de falaise se ferme vite quand l'eau remonte.
Baignade, qualité de l'eau et avis des visiteurs
La plage Bonaparte est une plage de baignade appréciée l'été, dans une eau fraîche comme partout sur la Manche bretonne. La qualité de l'eau de baignade fait l'objet de contrôles sanitaires pendant la saison ; les résultats sont publiés par l'Agence régionale de santé et affichés en mairie de Plouha. Faute de relevé récent sous les yeux, ce site ne donne pas de classement : le plus sûr est de consulter le bulletin de la saison en cours avant de se baigner.
Les avis Google et les commentaires de visiteurs reviennent souvent sur trois points : la beauté de la crique encadrée de falaises, l'émotion de la plaque et de l'histoire du réseau, et l'affluence du parking en plein été. Beaucoup conseillent de venir tôt le matin ou hors saison, quand la plage retrouve le calme qui en a fait un lieu de passage secret. Ces avis ne remplacent pas une visite, mais ils confirment que le site plaît autant aux familles qu'aux passionnés d'histoire.
Activités et visites à proximité de l'anse Cochat
Autour de l'anse Cochat, les activités tiennent surtout à la mer et à la marche. Le GR34 permet de relier la plage Bonaparte aux autres criques de Plouha et de suivre les plus hautes falaises de Bretagne, avec de beaux points de vue sur la baie de Saint-Brieuc. Les amateurs de pêche à pied trouvent des rochers à explorer à marée basse, en respectant les tailles et les zones autorisées. Le passage de la randonnée par la plage Bonaparte est aussi l'occasion de lire les panneaux d'information posés sur l'itinéraire.
À l'intérieur des terres, Plouha offre aussi un patrimoine religieux, dont la chapelle de Kermaria an Isquit et sa danse macabre peinte. Vers le nord, Paimpol et ses parcs ostréicoles se rejoignent en une demi-heure de route : l'occasion de goûter les huîtres de Paimpol achetées directement au bord des parcs. Pour une journée plus complète, le château de la Roche-Jagu et son parc au-dessus du Trieux se trouve également à portée de voiture.
La saison de l'été reste la plus animée, avec les cérémonies de mémoire et l'affluence des vacanciers. Au printemps et à l'automne, la lumière rasante sur les falaises et la plage presque vide font de l'anse Cochat l'un des sites les plus photogéniques du secteur, et l'un des plus chargés de sens de tout le littoral des Côtes-d'Armor.

















