Ancienne région de Bretagne, le Trégor (Bro Dreger en breton) tire son nom de l'évêché dont Tréguier fut la capitale historique. Sa géographie va de la baie de Morlaix au Trieux, entre Côtes-d'Armor et Finistère. Son histoire se lit sur le terrain : cairns, chapelles des saints, château, routoirs à lin et côte de granit rose.
- Un territoire né d'un diocèse
- Le pays correspond à l'ancien évêché de Tréguier, supprimé à la Révolution et partagé ensuite entre deux départements.
- Trois âges qui se lisent sur le terrain
- Mégalithes de la préhistoire, patrimoine religieux et seigneurial du Moyen Âge, puis ports, lin et télécommunications.
- Deux villes repères
- Tréguier pour le pouvoir religieux, la ville de Lannion pour le commerce et, depuis les années 1960, l'innovation.
Où se situe le Trégor en Bretagne ?
Le Trégor occupe la partie nord-ouest de la Bretagne historique. Sa limite orientale suit à peu près le cours du Trieux, qui le sépare du Goëlo et de la région de Paimpol ; à l'ouest, il s'arrête sur la rivière de Morlaix, au bord de la baie de Morlaix, où commence le Léon. Au nord, c'est la Manche qui le borde, avec un littoral très découpé ; au sud, il s'enfonce dans les terres jusqu'aux abords de Guingamp et de Callac.
Administrativement, le pays n'existe plus comme tel. Il se répartit aujourd'hui entre le département des Côtes-d'Armor, qui en porte la plus grande partie autour de Lannion, Tréguier et Perros-Guirec, et le Finistère, où se trouve le Trégor finistérien de Plougasnou, Locquirec ou Plouezoc'h. On parle d'ailleurs couramment d'un axe Lannion Morlaix pour désigner cette bande côtière partagée.
Trois vallées structurent le territoire : le Jaudy, qui rejoint la mer à Tréguier, le Léguer, qui traverse la ville de Lannion, et le Trieux à l'est. Ces rivières à marée, que la mer remonte loin dans les terres, ont longtemps servi de routes commerciales et expliquent la place qu'ont prise les ports d'estuaire dans l'histoire locale.
Des cairns aux saints bretons : les premiers peuplements
Bien avant les Bretons, le Trégor était habité. Le témoin le plus spectaculaire se trouve au fond de la baie de Morlaix : le cairn de Barnenez, grand mausolée néolithique de Plouezoc'h, élevé vers 4500 avant notre ère selon les datations publiées par le Centre des monuments nationaux. Menhirs, allées couvertes et dolmens jalonnent encore l'intérieur des terres.
L'époque gauloise et romaine a laissé moins de monuments visibles, mais quelques sites en gardent la mémoire. Au Yaudet, sur la commune de Ploulec'h, les fouilles ont mis au jour un établissement fortifié occupé de l'âge du fer au Moyen Âge, à l'embouchure du Léguer. À Plestin-les-Grèves, les thermes gallo-romains du Hogolo rappellent qu'une villa se dressait face à la mer.
Le vrai tournant vient entre le Ve et le VIIe siècle, avec l'arrivée des Bretons venus de l'île de Bretagne, l'actuelle Grande-Bretagne. Ces migrants apportent leur langue, leur organisation en paroisses et leurs moines. La tradition rattache la fondation de Tréguier à saint Tugdual, l'un des saints fondateurs de la Bretagne, qui y aurait établi un monastère. Les noms de lieux en plou, lan ou tré, que l'on retrouve partout, datent de cette colonisation : la lecture des noms de lieux du Trégor permet encore de reconstituer la carte de ces premières paroisses.
L'évêché de Tréguier, cœur du pays au Moyen Âge
Le Trégor s'est construit autour d'un siège épiscopal. Tréguier devient la capitale historique d'un évêché dont le territoire définit, pour des siècles, les frontières du pays. L'évêque y est seigneur temporel, perçoit des revenus et fait bâtir. La cathédrale Saint-Tugdual, reconstruite pour l'essentiel aux XIVe et XVe siècles, domine encore la ville et son cloître gothique compte parmi les mieux conservés de Bretagne. Hors de Tréguier, le souvenir du saint fondateur se lit dans plus d'une chapelle Saint-Tugdual en Bretagne.
Saint Yves, le juriste devenu patron des Bretons
Le personnage le plus célèbre de l'histoire du Trégor est Yves Hélory de Kermartin, né au manoir de Kermartin à Minihy-Tréguier vers 1250 et mort en 1303. Juge ecclésiastique formé à Paris et à Orléans, il se distingue par sa défense des pauvres devant les tribunaux, ce qui lui vaut d'être canonisé en 1347. Saint Yves devient le patron des avocats et des gens de justice, et l'un des saints les plus vénérés de Bretagne. Son tombeau dans la cathédrale de Tréguier attire toujours les fidèles, en particulier lors du grand pardon de mai.
Seigneurs, forteresses et guerre de Succession
Au XIVe siècle, la guerre de Succession de Bretagne (1341-1364) oppose les partisans de Charles de Blois et ceux de Jean de Montfort ; le Trégor, terre de passage entre le Léon et le Goëlo, en subit les sièges et les pillages. Les seigneurs fortifient leurs places : le château de Tonquédec, au-dessus du Léguer, en est l'exemple le plus impressionnant, avec ses tours démantelées au XVIIe siècle sur ordre royal. Plus à l'est, la Roche-Jagu, élevée au XVe siècle au-dessus du Trieux, montre la transition entre la forteresse et la demeure seigneuriale.
Chronologie de l'histoire du Trégor
| Période | Ce qui se passe dans le Trégor |
|---|---|
| Vers 4500 av. J.-C. | Construction du cairn de Barnenez au bord de la baie de Morlaix |
| Ve au VIIe siècle | Migrations bretonnes, fondation des paroisses et du monastère de Tréguier |
| 1347 | Canonisation de saint Yves, né à Minihy-Tréguier |
| 1341 à 1364 | Guerre de Succession de Bretagne, fortification des places seigneuriales |
| 1532 | Union du duché de Bretagne au royaume de France |
| XVIe au XVIIIe siècle | Âge d'or de la culture du lin et du commerce des toiles |
| 1790 | Création des départements, fin de l'évêché de Tréguier |
| 1912 | Protection des Sept-Îles, première réserve ornithologique de France |
| 1962 | Première liaison de télévision par satellite captée à Pleumeur-Bodou |
Le lin, les toiles et les ports : la richesse de l'époque moderne
Après l'union de la Bretagne à la France en 1532, le Trégor connaît une période de prospérité fondée sur une plante : le lin. La culture du lin se répand dans les campagnes, où l'on rouit les tiges dans des bassins de pierre appelés routoirs, avant de les teiller et de les filer. Les toiles tissées dans les fermes partent vers les ports, puis vers l'Angleterre, l'Espagne et les colonies d'Amérique.
Cette richesse se voit dans le paysage. Les enclos paroissiaux, les églises à clocher ajouré, les calvaires et les maisons de marchands à pans de bois de Lannion ou de Tréguier ont été financés en bonne part par ce commerce. Chaque paroisse rivalise avec la voisine, et l'on retrouve partout une église Saint-quelque-chose reconstruite ou agrandie à cette époque.
Les ports d'estuaire vivent au rythme de ce trafic. Lannion, sur le Léguer, Tréguier sur le Jaudy, Pontrieux sur le Trieux et, plus modestement, des havres comme Port-Blanc à Penvénan ou Locquirec servent à la fois au commerce, au cabotage et à la pêche. Le déclin du lin au XIXe siècle, face à la concurrence du coton et des filatures mécaniques, appauvrit brutalement les campagnes et pousse une partie de la population vers l'émigration.
Questions fréquentes sur le Trégor
Que veut dire Bro Dreger ?
Bro Dreger est le nom breton du Trégor : bro signifie pays, et Dreger est la forme bretonne liée à Tréguier. Le nom désigne donc le pays de Tréguier, c'est-à-dire l'ancien diocèse, et non une entité administrative actuelle.
Quelle est la capitale historique du Trégor ?
Tréguier est la capitale historique du Trégor, parce qu'elle était le siège de l'évêché jusqu'en 1790. Lannion est aujourd'hui la ville la plus peuplée et le principal pôle économique du pays.
Le Trégor est-il dans les Côtes-d'Armor ou dans le Finistère ?
Il est dans les deux. La plus grande partie du Trégor se trouve dans les Côtes-d'Armor, autour de Lannion, Tréguier et Perros-Guirec ; la partie ouest, de Locquirec à la baie de Morlaix, appartient au Finistère.
De la Révolution au XXe siècle : un pays qui change de visage
La Révolution met fin à l'évêché de Tréguier. En 1790, le territoire est partagé entre les Côtes-du-Nord, rebaptisées Côtes-d'Armor en 1990, et le Finistère ; le diocèse est rattaché à celui de Saint-Brieuc, qui porte encore aujourd'hui le nom de diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier. Le pays de saint Tugdual perd ainsi son unité administrative, mais pas son identité.
Le XIXe siècle est celui des écrivains et des érudits. Ernest Renan, né à Tréguier en 1823, y a sa maison natale, devenue musée ; sa statue sur la place de la cathédrale a fait scandale à son inauguration en 1903. François-Marie Luzel et Anatole Le Braz collectent contes, chansons et légendes en langue bretonne. Au XXe siècle, la poétesse paysanne Anjela Duval, qui vivait au Vieux-Marché, écrit en breton une œuvre devenue emblématique de la culture du pays.
Le Trégor acquiert aussi, à partir de la fin du XIXe siècle, une réputation politique à part : une région rurale et républicaine, souvent qualifiée de Trégor rouge, en contraste avec le Léon voisin, réputé plus conservateur. Cette différence de tempérament entre deux pays bretons contigus fascine encore les historiens et les géographes.
La côte de granit rose et l'arrivée du tourisme
La mer change de rôle au tournant du XXe siècle. Avec l'arrivée du chemin de fer, la côte de granit rose attire peintres, écrivains et premiers baigneurs. Perros-Guirec, Trégastel et Ploumanac'h deviennent des stations balnéaires, et les rochers sculptés par l'érosion, aux formes que l'on compare à des animaux ou à des objets, font la célébrité du littoral. Le sentier des douaniers, qui suit la côte, est aujourd'hui intégré au GR34.
La protection de la nature arrive tôt dans le Trégor. L'archipel des Sept-Îles, au large de Perros-Guirec, devient en 1912 la première réserve ornithologique de France, créée pour stopper le massacre des macareux par des chasseurs venus en bateau. L'Île-Grande, à Pleumeur-Bodou, abrite une station de soins pour les oiseaux marins, et l'île aux Moines porte un phare construit au XIXe siècle.
Au centre de ce littoral, la ville de Perros-Guirec, Guingamp plus au sud et Lannion forment le triangle d'accès habituel au pays. La côte de granit rose reste la porte d'entrée touristique la plus connue, mais elle ne dit qu'une partie de l'histoire : l'intérieur des terres, avec ses chapelles, ses manoirs et ses vallées, en raconte au moins autant.
Lannion et l'histoire récente : des télécoms à la technopole
Le dernier chapitre de l'histoire du Trégor s'écrit en 1962. Cette année-là, l'antenne installée sous le radôme de Pleumeur-Bodou capte la première retransmission de télévision par satellite entre les États-Unis et l'Europe, via le satellite Telstar. Presque au même moment, l'État décentralise à Lannion un centre de recherche en télécommunications, le CNET.
Ce choix transforme la ville de Lannion et sa région. Ingénieurs, chercheurs et industriels s'installent ; la population augmente et une technopole se forme autour de l'optique et des réseaux. Le Trégor, longtemps terre d'émigration, devient une terre d'accueil. Cette nouvelle économie cohabite avec l'agriculture, la pêche côtière et un tourisme devenu l'une des premières activités du site.
La mémoire du pays reste pourtant vivante. Les pardons, dont le pardon breton et son calendrier rythment encore l'année, la langue bretonne transmise dans les écoles bilingues, les festivals de musique et les fest-noz perpétuent une culture qui n'a jamais disparu. Pour qui veut prolonger la lecture, le visiteur curieux d'histoire trouvera d'autres pistes dans cette rubrique.
Un séjour dans le Trégor pour visiter son histoire
Un séjour d'une semaine suffit pour découvrir les grandes étapes de cette histoire, à condition de ne pas passer tout son temps sur la plage. Beaucoup de familles combinent le matin une visite de château ou de chapelle et l'après-midi une randonnée sur le littoral, de la pointe de Ploumanac'h aux plages de Trébeurden. Les vacances en basse saison, au printemps ou en septembre, laissent les sites plus calmes et les paysages plus lumineux.
Le circuit le plus lisible part de Tréguier, remonte la vallée du Jaudy vers Pommerit-Jaudy et Saint-Derrien, puis rejoint Lannion par l'intérieur des terres. On y traverse des coteaux boisés, des landes, quelques restes de forêt ancienne et un plateau agricole ponctué de manoirs. Vers l'est, une excursion vers l'île de Bréhat, au large de la pointe de l'Arcouest, prolonge le voyage au-delà du Trieux ; l'archipel n'appartient pas au Trégor historique mais sa côte sauvage se voit depuis ses rives.
Chaque office de tourisme du secteur publie son propre plan des sites patrimoniaux et un calendrier des visites guidées selon la date. Pour un premier voyage, mieux vaut choisir un logement au centre du pays, entre Lannion et Tréguier, afin de rayonner vers la mer comme vers les vallées sans reprendre la voiture pour de longues distances.
Lire l'histoire du Trégor sur le terrain
Le moyen le plus direct de comprendre le pays est de suivre ses époques d'un site à l'autre. Le tableau suivant associe chaque période à un lieu qui la montre.
| Époque | Lieu repère | Commune |
|---|---|---|
| Néolithique | Cairn de Barnenez | Plouezoc'h |
| Antiquité | Thermes du Hogolo, site du Yaudet | Plestin-les-Grèves, Ploulec'h |
| Moyen Âge religieux | Cathédrale Saint-Tugdual et cloître | Tréguier |
| Moyen Âge seigneurial | Tonquédec, la Roche-Jagu | Tonquédec, Ploëzal |
| Époque moderne | Maisons à pans de bois, église de Brélévenez | Lannion |
| XXe siècle | Radôme et cité des télécoms | Pleumeur-Bodou |
Entre ces étapes, les petites routes de la partie nord du pays, les chemins de halage des rivières et le sentier du littoral relient les villages. Chaque chapelle, chaque croix de carrefour, chaque nom de hameau renvoie à un moment de cette longue histoire, qui fait du Trégor l'une des régions les plus riches de Bretagne pour qui prend le temps de la lire.



