Une fresque de la danse macabre peinte à la fin du Moyen Âge fait la réputation de la chapelle Kermaria an Iskuit, à Plouha, dans les Côtes-d'Armor. Ce lieu de pèlerinage à Notre-Dame, classé monument historique, compte parmi les chapelles les plus visitées de Bretagne et du patrimoine religieux de France.
- Où
- Hameau de Kermaria, commune de Plouha, entre Goëlo et Trégor, à quelques kilomètres de la mer.
- Pourquoi y aller
- Les peintures murales de la danse macabre, le porche et ses apôtres, les statues en bois polychrome.
- Avant de partir
- Vérifier les horaires d'ouverture auprès de l'office de tourisme : ils changent selon la saison.
Kermaria an Iskuit, que signifie ce nom ?
Kermaria se traduit du breton par « la maison de Marie » ; an Iskuit signifie « qui rend la santé ». On rencontre aussi les graphies Kermaria an Isquit, Kermaria en Isquit ou Kermaria an Iskuit, toutes désignant le même lieu. Le nom dit l'essentiel : la chapelle Kermaria est d'abord un sanctuaire marial, où les fidèles venaient demander une guérison. Les ex-voto déposés au fil des générations en gardent la trace.
Le culte de Notre-Dame y reste vivant. Le pardon annuel réunit encore les habitants de Plouha et des environs, dans la tradition des grandes fêtes religieuses de Bretagne. Pour situer ce sanctuaire parmi les autres lieux de dévotion mariale de la région, la basilique Notre-Dame de Bon-Secours de Guingamp offre une comparaison parlante, à l'échelle d'une ville cette fois.
Quelle est l'histoire de la chapelle Kermaria ?
La tradition rapporte que la chapelle aurait été fondée vers 1240 par un seigneur de la famille d'Avaugour, de retour de Terre sainte, en remerciement de son retour. Le nom d'Henry d'Avaugour est souvent avancé ; les sources écrites de l'époque manquent pour le confirmer, et il faut lire cette date comme une tradition plus que comme un fait établi.
La partie la plus ancienne de l'édifice remonte au XIIIe siècle : c'est la nef romane et ses bas-côtés. Le reste a été agrandi et remanié aux XIVe et XVe siècles, dans le style gothique. Chapelle seigneuriale à l'origine, presque une chapelle privative, elle est devenue un lieu de pèlerinage ouvert à tous. Le seigneur du lieu y rendait la justice, dans la chambre de fabrique aménagée au-dessus du porche.
Le patrimoine de la chapelle doit beaucoup à sa protection précoce : elle figure parmi les premiers édifices bretons reconnus monument historique au XIXe siècle. Plusieurs campagnes de restauration ont suivi, portant sur la charpente, les maçonneries et surtout les peintures murales.
La notice de l'édifice figure dans la base Mérimée du ministère de la Culture, la référence nationale des monuments protégés, qui décrit le plan, les travées de la nef, le chœur et le bas-côté nord. Cette protection conditionne les travaux : toute intervention sur une œuvre ou une sculpture se fait avec l'aide et le contrôle des services de l'État, au nom de la sauvegarde du lieu.
La danse macabre de Kermaria, que représente-t-elle ?
La fresque de la danse macabre occupe les murs de la nef, au-dessus des arcades. Elle date de la fin du XVe siècle et fait défiler, en alternance, des vivants et des morts. Chaque vivant, du pape à l'empereur, du bourgeois au laboureur, est entraîné par un squelette ricanant. Le message est simple et redoutable : devant la mort, rang et fortune ne comptent plus.
Cachée pendant des siècles sous un badigeon de chaux, la peinture a été redécouverte au XIXe siècle. Avec celle de Kernascléden, dans le Morbihan, la danse macabre de Kermaria est l'une des rares de ce type conservées en France. On parle souvent de « 800 ans de mystère » à propos de l'édifice : la fresque en est la partie la plus commentée.
- À regarder : les inscriptions en vers sous les personnages, qui font parler chaque vivant.
- À comparer : les costumes, qui renseignent sur la société bretonne de la fin du Moyen Âge.
- À retenir : la lumière est faible dans la nef, prévoir un moment pour que l'œil s'habitue.
Porche, nef et statues : ce que l'on voit sur place
Le porche sud est l'autre pièce maîtresse. Les statues des apôtres, dont saint Pierre et saint Paul, y montent la garde de part et d'autre de l'entrée. Au-dessus, la chambre de fabrique, où se réglaient les affaires de la paroisse et où le seigneur tenait sa justice, rappelle l'usage civil du lieu.
À l'intérieur, la nef et ses bas-côtés accueillent une collection de statues en bois polychrome, dont une Vierge allaitant, et des retables sculptés. L'ensemble forme un petit musée d'art religieux. Ceux qui visitent plusieurs chapelles du secteur retrouveront cette sobriété du granit, ailleurs dans le Trégor, jusqu'au tombeau de saint Yves à Tréguier.
Horaires, visites guidées et accès
La chapelle Kermaria se trouve au sud-ouest du bourg de Plouha, sur le territoire de Leff Armor communauté et à quelques kilomètres de la plage Bonaparte. On y accède en voiture par les petites routes de campagne ; un parking se trouve à proximité.
Les horaires d'ouverture varient selon la saison : ouverture plus large en été, plus restreinte le reste de l'année, avec des visites guidées certains jours, dont le samedi et le dimanche ou les jours fériés selon le calendrier. Les horaires précis changent d'une année sur l'autre. Pour une information fiable, prendre contact avec l'office de tourisme de Plouha ou la mairie, qui renseignent aussi sur l'aide à la visite pour les groupes.
En pratique, les visites du samedi et du dimanche se concentrent souvent l'après-midi plutôt que le matin, et la haute saison culmine en juillet et août. Une carte détaillée du secteur, disponible à l'office de tourisme, aide à rejoindre directement le hameau ; elle signale aussi les jours de fermeture exceptionnelle, lors des offices ou des travaux.
Les amis de la chapelle : événements et entretien
Une association, les Amis de la chapelle de Kermaria, veille sur l'édifice. Elle organise des visites, des concerts et des événements tout au long de l'année, tient son assemblée générale chaque année et apporte son aide aux travaux menés avec les pouvoirs publics. Pour les dates des concerts et du pardon, le contact passe par cette association ou par l'office de tourisme.
Ce soutien a compté dans les dernières campagnes de restauration des peintures. Sans l'aide des bénévoles, l'accueil des visiteurs l'été serait plus difficile à assurer. Le public peut aussi apporter son aide à la conservation de ce patrimoine par un don ou une adhésion.
Autour de Kermaria : d'autres lieux à découvrir
La chapelle est une étape naturelle d'un circuit du patrimoine religieux dans les Côtes-d'Armor. Pour une journée complète, elle se combine avec une visite du château de Tonquédec et de sa forteresse en ruine, plus à l'ouest. Entre Plouha et la côte, les lieux ne manquent pas : sentiers littoraux, falaises, chapelles de campagne et calvaires sculptés. Ce coin de Bretagne se découvre à pied ou à vélo, et la chapelle, au creux de son hameau, donne la mesure de ce que la foi populaire a laissé dans le paysage.

















