Les oiseaux des Sept-Îles sont les colonies d'oiseaux marins qui nichent sur l'archipel situé au large de Perros-Guirec, dans les Côtes-d'Armor. Cette réserve naturelle nationale gérée par la LPO abrite la seule colonie française de fous de Bassan, sur l'île Rouzic, et des macareux moines visibles d'avril à juillet.
À retenir avant de partir
- L'île Rouzic porte l'unique colonie de fous de Bassan de France, comptée à 14 124 couples en 2024.
- Le macareux moine, emblème de la réserve, ne s'observe que d'avril à juillet.
- Une seule île se visite à pied, l'île aux Moines ; les autres se longent en bateau depuis Perros-Guirec.
- La réserve est passée de 280 à 19 700 hectares en juillet 2023.
Quelles espèces d'oiseaux marins nichent aux Sept-Îles ?
L'archipel réunit une trentaine d'espèces nicheuses, dont une quinzaine d'oiseaux marins. C'est cette densité, sur quelques dizaines d'hectares de terres émergées face à la côte de granit rose, qui vaut aux Sept-Îles leur réputation de première réserve ornithologique de France métropolitaine. Chaque île de l'archipel joue un rôle différent : Rouzic concentre les grandes colonies de falaise, l'île aux Moines accueille surtout des goélands, Malban et Bono servent de refuge aux espèces les plus discrètes.
Le fou de Bassan, seule colonie française
Le fou de Bassan est l'oiseau qui a fait la renommée du site. L'île Rouzic est son unique point de nidification en France, et la pointe nord de l'île doit sa couleur blanche à la densité des nids. La LPO y a compté 14 124 couples en 2024. Les adultes occupent la colonie de janvier à septembre, ce qui en fait l'espèce la plus longtemps visible de l'archipel. Envergure proche de deux mètres, bec effilé, tête ocre : reconnaissable même de loin, l'oiseau plonge en flèche sur les bancs de poissons, parfois à quelques dizaines de mètres du bateau. La fiche de l'île Rouzic détaille la topographie de ce rocher interdit d'accès.
Le macareux moine, emblème fragile
Le macareux moine (Fratercula arctica) est l'espèce pour laquelle la protection du site a été obtenue. Son bec coloré et sa silhouette trapue en ont fait le symbole de la réserve, au point de figurer sur le logo de la LPO. Il niche dans des terriers creusés dans la pelouse sommitale ou sous les blocs, et ne se montre qu'entre avril et juillet : le reste de l'année, il vit au large et ne touche pas terre. La colonie bretonne, qui comptait des dizaines de milliers d'individus au début du vingtième siècle, se réduit aujourd'hui à quelques centaines de couples. C'est le massacre de ces oiseaux par des tireurs venus en excursion qui a déclenché, en 1912, la première mesure de protection.
Guillemots de Troïl, pingouins torda et fulmars boréaux
Trois autres espèces de falaise complètent le tableau et se confondent facilement à la jumelle. Le guillemot de Troïl pond son œuf unique à même la corniche rocheuse, sans nid, et se tient debout en rangs serrés. Le pingouin torda, plus petit, préfère les anfractuosités et se reconnaît à son bec épais barré d'un trait blanc. Le fulmar boréal, lui, n'est pas un goéland malgré sa couleur : c'est un cousin des albatros, qui plane raide sur les courants ascendants sans battre des ailes. Ces trois espèces fréquentent l'archipel du début du printemps à la fin de l'été, puis regagnent le large.
Cormorans huppés, goélands et huîtriers pies
Le cormoran huppé est visible toute l'année, posé sur les récifs, ailes déployées pour sécher. Trois espèces de goélands, argenté, brun et marin, nichent sur les parties herbeuses, principalement sur l'île aux Moines et sur Bono. L'huîtrier pie, noir et blanc à long bec orange, fouille l'estran des îlots à marée basse. Le puffin des anglais, beaucoup plus rare et actif de nuit, complète la liste des nicheurs. Un phoque gris vient souvent s'ajouter au spectacle : une trentaine d'individus fréquente les écueils de l'archipel.
Quand observer les oiseaux des Sept-Îles ?
La question de la période est décisive : selon le mois, le même trajet en mer montre une falaise saturée d'oiseaux ou un rocher presque nu. Les alcidés, macareux compris, ne viennent à terre que pour se reproduire et passent le reste de l'année en pleine mer. Le tableau ci-dessous résume les fenêtres d'observation de chaque espèce.
| Espèce | Où la voir | Période |
|---|---|---|
| Fou de Bassan | Île Rouzic, pointe nord | Janvier à septembre |
| Macareux moine | Rouzic et Malban | Avril à juillet |
| Guillemot de Troïl | Corniches de Rouzic | Mars à juillet |
| Pingouin torda | Éboulis et fissures | Mars à juillet |
| Fulmar boréal | Falaises, en vol plané | Février à août |
| Cormoran huppé | Récifs de tout l'archipel | Toute l'année |
| Goélands et huîtrier pie | Île aux Moines, Bono | Toute l'année |
| Phoque gris | Écueils découverts | Toute l'année, à marée basse |
La fenêtre la plus riche court donc de mai à début juillet : toutes les espèces nicheuses sont alors présentes en même temps, les adultes font des allers-retours permanents pour nourrir les jeunes, et l'activité de la colonie est à son maximum. En août, les alcidés ont déjà quitté les falaises et seuls les fous de Bassan, les cormorans et les goélands restent. Hors saison, la sortie garde un intérêt pour les phoques et pour les paysages, mais l'observation ornithologique y perd l'essentiel.
Où se placer pour observer la faune de l'archipel
Il n'existe pas un seul poste d'observation mais plusieurs, et ils ne montrent pas la même chose.
- Depuis la mer. Les vedettes contournent Rouzic à distance réglementaire : c'est la seule façon de voir la colonie de fous de Bassan et, avec un peu de chance, les macareux posés sur l'eau. Les jumelles restent utiles, le bateau ne s'approchant jamais du rivage.
- Depuis la côte. Par temps clair, l'archipel se distingue nettement depuis le sentier littoral et depuis la plage de Trestraou. Une longue-vue permet alors de repérer la tache blanche de Rouzic, mais les espèces ne sont pas identifiables à cette distance.
- Depuis la station de l'île Grande. La maison de la réserve, à Pleumeur-Bodou, diffuse des images en direct des colonies captées par des caméras installées sur les îles. C'est le seul endroit où l'on observe les oiseaux au nid sans les déranger, et l'alternative la plus sûre par mauvaise mer.
Le meilleur moment de la journée reste le matin, quand la lumière vient de l'est et éclaire les falaises face au continent. Une mer formée réduit fortement le confort d'observation et provoque l'annulation régulière des sorties.
Côté terre, plusieurs points hauts de la commune de Perros-Guirec et des bourgs voisins ouvrent sur l'archipel. Le site naturel de Ploumanac'h, la pointe du Château et le littoral de Trégastel donnent un panorama dégagé vers le nord, atteignable à pied comme à vélo par les routes du bord de mer. La balade est belle en toute saison et ne coûte rien, ce qui en fait le repli naturel les jours où le vent interdit la sortie en mer.
Comment se rendre dans la réserve naturelle
Les excursions partent de la gare maritime de Trestraou, à Perros-Guirec, et durent en moyenne deux heures et demie. Plusieurs compagnies exploitent la ligne en saison, dont Armor Navigation et le vieux gréement Sant C'hireg, avec des fréquences qui augmentent en juillet et en août. Les horaires dépendent de la marée et les tarifs changent chaque saison : mieux vaut les vérifier auprès des compagnies avant de se déplacer.
Une seule île se visite à pied, l'île aux Moines, où le bateau fait escale sur certaines rotations. On y trouve un fort, un ancien monastère et un phare, et l'on y accède librement sur les sentiers balisés. Toutes les autres îles sont interdites d'accès à terre, y compris pour les kayaks et les bateaux privés, afin de ne pas faire fuir les couples en incubation. La réglementation impose aussi des distances minimales d'approche pour la navigation de plaisance, affichées à la capitainerie.
Pour prolonger la journée, le sentier des douaniers longe toute la côte face à l'archipel ; nos étapes du GR34 dans le Trégor indiquent les portions qui offrent le meilleur point de vue sur les Sept-Îles.
Préparer une sortie d'observation
Une paire de jumelles est le seul équipement vraiment indispensable : un grossissement de huit fois suffit et se tient plus facilement sur un pont qui bouge qu'un modèle plus puissant. Le bateau restant à distance des falaises, un appareil photo sans téléobjectif rapportera surtout des paysages. Prévoir un coupe-vent même par beau temps, la température en mer étant toujours inférieure de plusieurs degrés à celle du continent, et remplir un estomac léger avant l'embarquement pour limiter le mal de mer.
Le départ se réserve à l'avance en haute saison, et la veille suffit le reste du temps. Un guide naturaliste accompagne certaines rotations et commente le passage devant chaque île, ce qui change beaucoup la lecture du paysage pour qui découvre la Bretagne du nord. Pour un séjour de plusieurs jours, mieux vaut placer la sortie en début de programme : en cas d'annulation pour cause de vent, il reste alors une seconde chance.
Une biodiversité qui dépasse les oiseaux
La richesse du lieu ne tient pas seulement à ses colonies. L'archipel héberge le seul groupe de phoques gris installé à demeure sur cette portion du littoral, soit une petite centaine d'individus en comptant les allers-retours vers les îlots voisins. Ces mammifères marins se reposent sur les récifs découverts et se laissent approcher sans difficulté depuis le bateau, à condition de ne pas les faire fuir à l'eau. Des dauphins communs accompagnent parfois la traversée, et des marsouins fréquentent la zone à la saison froide.
La flore compte elle aussi : privée de pâturage et de fréquentation depuis plus d'un siècle, la végétation des îles a retrouvé un caractère sauvage rare sur le littoral breton, avec des pelouses rases, des fourrés et une fleur emblématique des côtes rocheuses, l'armérie maritime, qui rosit les pentes au printemps. En automne, les colonies sont vides mais le passage migratoire prend le relais : puffins, labbes et sternes transitent au large, ce qui vaut à l'archipel un intérêt ornithologique presque continu.
Ce statut de réserve naturelle nationale ne se confond pas avec celui d'un parc national. Il ne crée aucune zone d'habitation réglementée sur le continent et vise un objectif précis, la conservation d'habitats et de populations identifiés, sous le contrôle de l'État et avec un plan de gestion révisé périodiquement. C'est ce cadre qui rend possible le suivi scientifique annuel dont dépend la connaissance de ce patrimoine naturel.
Questions fréquentes des visiteurs
- Quels oiseaux marins sont présents aux Sept-Îles ?
- Une trentaine d'espèces nichent sur l'archipel, dont le fou de Bassan, le macareux moine, le guillemot de Troïl, le pingouin torda, le fulmar boréal, le cormoran huppé, trois espèces de goélands, l'huîtrier pie et le puffin des anglais.
- Quand observer les oiseaux aux Sept-Îles ?
- De mai à début juillet, quand toutes les espèces nicheuses sont présentes ensemble. Le macareux moine n'est visible que d'avril à juillet, tandis que le fou de Bassan occupe l'île Rouzic de janvier à septembre.
- Comment visiter l'archipel des Sept-Îles ?
- En embarquant sur une vedette au départ de la gare maritime de Trestraou, à Perros-Guirec. La sortie dure environ deux heures et demie et longe les îles sans accoster, sauf sur l'île aux Moines pour certaines rotations.
- Peut-on débarquer sur les îles ?
- Seule l'île aux Moines est ouverte au public. Le débarquement est interdit sur toutes les autres îles de la réserve, quel que soit le moyen d'accès, pour protéger les colonies pendant la reproduction.
- Pourquoi protéger les oiseaux des Sept-Îles ?
- Parce que l'archipel concentre des populations qui n'existent nulle part ailleurs en France, à commencer par la colonie de fous de Bassan de Rouzic. La conservation de ces habitats insulaires conditionne directement la survie de plusieurs espèces à l'échelle nationale.
Une réserve protégée depuis 1912
La protection du site remonte au 28 août 1912, date à laquelle la chasse y est interdite à l'initiative de la Ligue pour la protection des oiseaux, association créée la même année pour mettre fin au massacre des macareux. Le classement en réserve naturelle nationale intervient par un arrêté du 18 octobre 1976, sur une surface de 280 hectares.
Un décret du 19 juillet 2023 a profondément redéfini le périmètre : la réserve est passée à 19 700 hectares, soit environ soixante-dix fois sa surface antérieure, et couvre désormais une large zone marine incluant le plateau des Triagoz et l'île Tomé, en baie de Perros-Guirec. Elle est devenue à cette occasion la deuxième plus vaste réserve naturelle de France métropolitaine. Cette extension a fait débat localement, une partie des pêcheurs s'inquiétant des restrictions d'activité qui accompagnent le nouveau périmètre.
Concrètement, le décret pose un cadre et renvoie les modalités à des arrêtés : ce sont eux qui fixent, zone par zone, ce qui reste permis en matière de pêche professionnelle, de plaisance, de mouillage et de sports nautiques. Le plaisancier qui navigue dans le secteur a donc intérêt à consulter les avis en vigueur avant de partir plutôt qu'à se fier à une carte ancienne. La station de l'île Grande, qui abrite l'équipe de gestion et un centre de soins pour la faune sauvage, propose par ailleurs des animations nature tout au long de l'année et reste le meilleur point d'information sur ces règles.
La colonie de fous de Bassan a par ailleurs été durement touchée par l'épizootie d'influenza aviaire hautement pathogène qui a frappé les oiseaux marins d'Atlantique nord à partir de 2022. Les comptages conduits depuis restent nettement inférieurs aux effectifs d'avant l'épisode, ce qui explique l'attention portée au suivi scientifique annuel de l'archipel. Les données officielles et les actualités de gestion sont publiées par la LPO, gestionnaire de la réserve.
Pour le visiteur, ces règles se traduisent par des gestes simples : rester sur les sentiers de l'île aux Moines, ne pas approcher les phoques au repos, tenir les chiens à l'écart et respecter les distances de navigation. Un dérangement en période d'incubation peut faire abandonner un nid, et le coût se mesure à l'échelle de la colonie entière, pas à celle d'un oiseau.











