La chapelle Saint-Léonard est une chapelle de granit bâtie sur la butte qui domine Guingamp, l'un des premiers édifices du patrimoine religieux de la ville. Son transept, datant de l'époque romane, porte le clocher ; sa nef, raccourcie après la tempête de 1810, lui donne sa silhouette. Histoire, adresse, architecture et informations pratiques pour visiter la chapelle Saint-Léonard.
Repères sur Saint-Léonard
- Origine romane (XIe-XIIe), dépendance de l'abbaye Saint-Sauveur de Guingamp.
- Relevée pendant la guerre de Succession de Bretagne grâce aux dons de Charles de Blois, puis vendue comme bien national en 1795.
- Rachetée en 1809 et donnée à la Fabrique de la ville, raccourcie après la tempête du 19 décembre 1810.
Quelle est l'histoire de la chapelle Saint-Léonard ?
La chapelle Saint-Léonard est contemporaine des premiers prieurés guingampais : Saint-Martin, Saint-Sauveur, la Trinité et la première église intra-muros. Les historiens locaux la datent de l'époque où la ville se forme autour de son château, soit à peu près entre l'an 1000 et le XIIe. Elle dépendait alors de Saint-Sauveur. La tradition relie sa fondation à la libération miraculeuse de chevaliers partis en croisade, ce qui explique le choix du saint : Léonard de Noblat, ermite limousin de l'époque mérovingienne, est invoqué dans toute l'Europe comme le protecteur des prisonniers.
L'élément le plus ancien que l'on voit encore aujourd'hui est la croisée du transept. Tout le reste a connu des transformations successives. Pendant la guerre de Succession de Bretagne, la chapelle ruinée se relève grâce aux dons de Charles de Blois, prétendant au duché et époux de Jeanne de Penthièvre, dame de Guingamp. On ignore si l'on reconstruisit dans le style primitif, mais le transept, lui, fut conservé tel quel.
Sous l'Ancien Régime, Saint-Léonard reste une annexe de la paroisse Saint-Sauveur, entretenue avec plus ou moins de soin. Le lien entre saint Léonard et les détenus se retrouve d'ailleurs dans la mémoire de la ville, qui associe la chapelle à sa prison. Pour replacer cet édifice dans l'ensemble du patrimoine religieux de la cité, la basilique Notre-Dame de Bon-Secours, sanctuaire de la Vierge noire est l'autre étape incontournable.
Un poste avancé pour défendre Guingamp
La butte Saint-Léonard occupe un site stratégique. Placée sur la route qu'empruntaient les troupes ennemies venant de la côte de la Manche, la chapelle servait en temps de guerre de poste avancé pour la défense de la ville. La colline était probablement ceinturée d'un mur, dont il reste quelques vestiges : c'est le « fortin Saint-Léonard », dont les chroniques soulignent le rôle lors du conflit franco-breton des années 1480.
Le lieu a aussi servi, lors des épidémies de peste, à héberger quelques malades à l'écart de la ville afin de les « désairer », c'est-à-dire de les mettre au grand air, loin des rues serrées du centre. Cette double vocation, militaire et sanitaire, explique pourquoi la chapelle garde un caractère isolé, entourée de verdure plutôt que de maisons.
De la Révolution au don à la Fabrique
En 1790, comme tous les édifices religieux, Saint-Léonard devient bien national. En avril 1793, le district de Guingamp autorise la commune à disposer des arbres qui entourent la chapelle pour chauffer les corps de garde, les bois étant pillés chaque jour. La chapelle elle-même est vendue en l'an III (1795) à deux familles de meuniers, à la condition expresse qu'elle ne serve plus au culte.
Après la Révolution, Guingamp manque d'une chapelle de secours : la toiture de Saint-Sauveur s'effondre en avril 1806 et la Trinité est promise à la démolition. Le 25 juillet 1809, le curé Jacques L'Again et le marguillier Jacques François Anfray, ancien ingénieur des Ponts et Chaussées, rachètent Saint-Léonard pour 900 francs. Dès le 13 septembre suivant, ils en font don à la Fabrique de la ville, « de ce jour à perpétuité ». Des matériaux issus de la démolition de Saint-Sauveur servent aux premières réparations au printemps 1810.
Quelles sont les ruines de la chapelle Saint-Léonard ?
Les « ruines » que l'on associe à Saint-Léonard sont celles de sa nef occidentale. Le 19 décembre 1810, vers midi, une forte tempête fait s'écrouler le bout ouest du long mur nord sur cinq mètres, un contrefort, un morceau du pignon occidental et des pièces de charpente, tombées dans le champ voisin.
Le maçon René Hamon propose alors deux solutions : relever les murs dans leurs anciennes dimensions, ou raccourcir le vaisseau à la longueur du chœur. La Fabrique choisit la seconde, moins coûteuse, qui réduit la chapelle d'environ la moitié à partir du transept. La flèche du clocher se retrouve ainsi au centre de l'édifice : c'est l'aspect que la chapelle présente encore. Les pierres de l'éboulement ont servi à élever un calvaire à l'emplacement de la nef disparue.
L'abbé L'Again rêvait même d'un chemin de croix sur les voies qui montent à la butte, qu'il comparait au Golgotha. Ce projet ne vit pas le jour, mais le calvaire témoigne de cet épisode. Les réparations s'achèvent au printemps 1811, et le don est confirmé par les héritiers des deux donateurs en 1817.
Architecture : ce que l'on regarde sur place
L'édifice est construit en granit, comme la plupart des chapelles du Trégor et du Goëlo. Les éléments architecturaux de la chapelle Saint-Léonard se lisent encore malgré les remaniements du XIXe siècle : un plan en croix, une façade occidentale refaite en 1811 et un clocher au centre, fait unique parmi les chapelles du secteur.
- la croisée du transept, partie la plus ancienne, qui porte le clocher à flèche ;
- la nef courte, fruit de la reconstruction de 1810-1811 ;
- le petit porche au sud, qui remplace un bras de transept disparu à une date inconnue ;
- le calvaire dressé à l'ouest, sur l'emplacement de l'ancienne nef.
Cette silhouette ramassée, avec son clocher au milieu, distingue Saint-Léonard des chapelles bretonnes plus classiques où la flèche coiffe le pignon ouest. Pour qui s'intéresse aux monuments civils de la même ville, l'ancien hôtel-Dieu devenu hôtel de ville de Guingamp complète la visite du centre historique.
Comment visiter la chapelle Saint-Léonard ?
La chapelle se trouve sur les hauteurs de Guingamp, dans le quartier qui porte son nom. On y monte à pied depuis le centre ; la promenade offre une belle vue de la chapelle et, depuis la butte, sur la ville et la vallée du Trieux. L'extérieur, le calvaire et les abords se découvrent librement.
L'intérieur n'ouvre qu'à certaines occasions. Aucun horaire permanent n'est publié : avant de vous déplacer, renseignez-vous auprès de l'office de tourisme de Guingamp ou de la paroisse, qui connaissent les dates d'ouverture et des célébrations. Les journées européennes du patrimoine, en septembre, sont souvent le bon moment pour franchir la porte.
Y a-t-il des événements à la chapelle Saint-Léonard ?
Le pardon de Saint-Léonard se célébrait traditionnellement au début du mois de mai, et la paroisse s'y rendait en procession pour la Saint-Marc. Les pardons bretons associent une messe, une procession et un moment festif ; leur calendrier actuel se vérifie chaque année auprès de la paroisse. Concerts et visites guidées y ont lieu ponctuellement, au gré des associations locales comme Patrimoine de Guingamp, qui a publié l'histoire détaillée de l'édifice.
Où se trouve la chapelle Saint-Léonard ?
Elle est à Guingamp, dans les Côtes-d'Armor, sur la butte Saint-Léonard qui domine la ville. Plusieurs chapelles portent ce nom en France : celle-ci est la chapelle guingampaise, à ne pas confondre avec ses homonymes d'Île-de-France ou de l'Ouest. En voiture, un stationnement dans le quartier permet de terminer la montée à pied.
Informations pratiques pour préparer la visite
- Localisation : butte Saint-Léonard, sur les hauteurs de Guingamp ; suivre la direction du quartier Saint-Léonard depuis le centre.
- Transport : la gare de Guingamp, desservie par le TGV et les TER de la ligne Paris-Brest, est proche du centre ; la montée se fait ensuite à pied par les rues du quartier.
- Accès : les abords et le calvaire sont en accès libre et gratuit, ouverts au public toute l'année ; l'intérieur n'est ouvert qu'aux dates annoncées.
- Bonne idée : associer la butte à une balade en pleine nature le long du Trieux, un parcours facile à faire avec des enfants.
- Actualité : pour les pardons, concerts et visites, l'information la plus fiable vient de l'office de tourisme et des habitants du quartier.
À l'échelle du Trégor, Saint-Léonard illustre bien ce que racontent les petites chapelles du pays : un site choisi pour sa hauteur, une dévotion née d'un récit de délivrance, puis huit cents ans de guerres, de ventes, de travaux et de restauration. Pour poursuivre sur les édifices de la région, le château de Tonquédec, forteresse du Léguer raconte la même histoire militaire de la Bretagne ducale.

















